Transoxiane 2002

Des monuments
millénaires

 

Ce matin notre guide est apparu comme par magie devant l'hôtel, alors que nous sortions très tôt icognitos pour essayer de prendre quelques photos dans la rue. Une voiture de police montait également la garde devant... Apparemment le gouvernement a gardé l'oeil sur nous! Après avoir pris le petit déjeuner seuls à l'hôtel (avec serveuse et musique), nous avons entammé une grande journée d'excursion autour de Mary. Nous avons tout d'abord visité un caravansérail ayant servi plus de 1000 ans, près d'une tour de communication comme il y en avait tous les 25 km sur la Route de la Soie, abritant des gardes maintenant la sécurité de l'axe. En partant le matin, les caravaniers pouvaient voir sur l'horizon le tertre de la tour de garde suivante, près de laquelle ils passeraient la nuit de la prochaine étape. Nous avons aussi visité les restes d'une église Nestorienne sur lesquels paissaient des moutons et des dromadaires. Nous avons ensuite été voir un mausolé qui n'a pas été détruit par Gengis Khan, ce qui est exceptionnel. On ne sait pas exactement pourquoi il a été épargné, soit parcequ'il est près d'une source d'eau sainte, ou parce qu'il a la particularité d'avoir les tombes du Saint et de son disciple à l'extérieur, et non pas à l'intérieur du mausolée, en signe d'humilité. Enfin sur la route du retour, nous nous sommes arrêtés dans une médressa récente abandonnée au bord de la route, aux coupoles cassées comme des oeufs. Après un retour à une vitesse de fou, nous avons déjeuné (toujours seuls avec une serveuse et de la musique), puis nous avons été visiter le musée municipal très intéressant et moderne. Ensuite nous avons été faire un petit tour de bazar, et avons changé un peu d'argent dans la rue auprès des mafieux, à 4 fois le taux officiel.

Pendant qu'Etienne et Olivier ont choisi d'aller faire la sieste, nous sommes repartis avec Régis pour aller voir la gare voisine. A peine arrivés, nous nous sommes fait intercepter par un policier sur le quai. Régis s'est empressé de lui serrer la louche avant qu'il n'ai pu aligner un mot, ce qui a décontenancé quelque peu l'officiel, non habitué à de telles familiarités. Mais il s'est vite ressaisi et a contrôlé nos passeports, visas et laisser-passers, en nous explique que les photos étaient interdites. Nous avons quand même pu voir partir un vieux train brinquebalant, avec un contrôleur à chaque wagon, chargé de faire monter les gens, replier le marchepied, et fermer la porte. La gare neuve toute de marbre blanc qui nous avait tiré l'oeil s'est révélée vide à l'intérieur, avec un sol de terre battue et rien ni personne à l'intérieur. Nous avons causé un moment avec un travailleur de chantier qui ne parlait pas notre langue. Nous ne comprenions rien, et lui non plus, mais nous étions bien contents de pouvoir être avec un local non encadré, et lui aussi avait l'air d'être bien content de voir des gens de l'extérieur. Puis son chef est arrivé, nous a salué, nous donné une poignée de main comme un effet de sa bonté, et a ensuite pausé quelques questions à son ouvrier. Apparemment il se demandait s'il y a quelque cadeau à grapiller, qu'il aurait dû être le premier à recevoir étant le chef. Ayant vu qu'il n'y avait rien, il nous a quitté en emmenant son employé, et nous sommes repartis aussi.

Nous avons continué la promenade dans la rue, et j'ai eu l'immense chance de pouvoir acheter "Ruhnamat" l'ouvrage officiel du Turkmenbashi, contenant le passé le présent et l'avenir officiels de la culture du pays selon lui. J'ai eu la grande chance de le trouver en Anglais, et c'est sûrement une des choses les plus précieuses que j'ai ramenée de ce voyage je pense. Le vendeur accroupi au bord du trottoire était tout heureux de pouvoir vendre cet exemplaire invendable. Je me demande d'ailleurs toujours quel est l'intéret pour Turkmenbashi d'avoir édité une version en Anglais, et même de nous avoir laissé visiter son pays en plein dans la misère?

Dans les rues il y avait beaucoup de poussière, tout était gigantesque et tape à l'oeil, les bassins illuminées de toutes les couleurs, les jardins à fontaines, les monuments officiels ou inutiles en marbre et dorés, les posters et statues géantes du dictateur et de son livre Ruhnamat, même la télévision, les billets de banque, et les calendriers étaient à la gloire du dictateur (Septembre n'est-il pas appelé Turkmenbashi?). De nombreuses femmes masquées et gantées travaillaient dans les jardins publics à un rythme d'escargot, tondant les pelouses à la main. Il n'y avait pas de libre entreprise, personne ne vendait sa petite production au bord des routes, les gens n'étaient pas communicatifs, pas expressifs, ils n'étaient pas intéressés par nous, ils cherchaient juste avoir de quoi manger avant le soir, et à ne pas se faire enfermer en prison (ou pire) par la milice et la police secrète. Les gens ne souriaient que peu. Pendant ce temps les caïds locaux défilaient dans les rues, accrochés à leurs GSM dans leurs BMW série 7 aux vitre teintées, vivant grassement d'on ne sait quels trafics, d'on ne sait quels profits. Autour de la ville les complexes chimiques et industriels bourdonnaient, les camions et les trains de marchandises ne cessaient de manoeuvrer, pour quelle économie? C'était à se demander si cette économie fonctionnait vraiment, ou si elle était comme la gare, une facade clinquante abriquant un vide de terre battue poussiéreuse. Seules les grosses autos V8 des expatriés du pétrole témoignaient de la vraie richesse du pays. Celle-ci par contre, on sait à qui elle profite.

Nous avons fait un tour de Mary by night, sommes passés par les artères officielles brillamment illuminées, et avons eu la chance de pouvoir entrer dans l'église orthodoxe de la ville. Le pope, très beau avec sa barbe noire taillée comme une icône, était content d'avoir quelques visiteurs, et est allé chercher chez lui les clefs pour nous ouvrir et allumer en grand sa belle église à cette heure tardive. Aujourd'hui il n'a plus beaucoup de fidèles, les Russes étant poussés à rentrer dans leur pays, les derniers restants étant réduit à la pire misère, car interdits de tout poste avec la moindre responsabilité. En rentrant à l'hôtel, nous avons entendu la discothèque voisine qui hurlait de la musique techno a fond. J'étais sûr qu'il n'y avait personne dedans, comme la gare, et qu'elle était juste là pour donner l'impression qu'il y avait de l'animation aux touristes (en l'occurrence nous 4, les seuls de l'hôtel Sanjar, seul hôtel de la seconde ville du pays). Nous sommes donc entrés pour vérifier, et c'était bien le cas: la pièce de 200m² était vide, il y avait tout de même une ampoule rouge qui clignotait, et un gars qui vendait des bouteilles de bière posées sur un tabouret devant lui. Nous sommes sortis quelques instants sur le balcon pour contempler la vue sur la rue et échapper aux décibels saturés de la musique criarde. Nous avons donc été nous coucher sur ce constat, pour nous préparer à de nouvelles aventures demain, en écoutant maneuvrer les trains de la gare vide toute proche...














 

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