Transoxiane 2002

Samarkand
la Magnifique

 

Ce matin nous nous sommes levés Régis et moi avant 6h après avoir passé une nuit bercés par le détecteur incendie qui n'avait plus de piles, et le faisait savoir. Nous sommes sortis sur la pointe des pieds et avons réveillé le concierge pour aller trouver un taxi, car nous voulions aller voir le soleil se lever sur la place du Registan. Olivier était toujours malade du bas, et Etienne malade du haut. Ils sont restés à dormir pour récupérer. Nous n'avons finalement pas trouvé pas de Taxi, mais un chauffeur a accepté du nous emmener dans sa Gigouli pour 1000 Sums (soit 1€, tout de même 1/10e du salaire mensuel).

La place était aussi magnifiqueque nous l'espérions, et les policiers nous ont accueilli à bras ouverts. La vue depuis le haut branlant du minaret penché était splendide, dominant toute la ville jusqu'aux lointaines montagnes de Nurata, et nous après nous être gorgés les yeux, nous sommes redescendus voir les façades s'enflammer sous les premiers rayons du soleil levant. Le brillant de carreaux de céramique réfléchit les rayons du soleil sous un certain angle, otant toute couleur et donnant l'impression que les bâtiments sont faits d'or. Nous resterons assis 3/4 d'heure à contempler la lumière changeante et la beauté des formes parfaites, magnifiques quelle que soit l'orientation et la distance du regard. Nous sommes ensuite rentrés dans une voiture de passage, et avons pris un solide petit déjeuner après avoir fait une sieste d'une heure.

Nous avons ensuite retrouvé tout le monde et sommes parti au Gour Emir, le mausolée d'Emir Timour, où nous attendait notre guide francophone d'hier à l'observatoire d'Ulugbek avec qui nous allons passer la journée. La visite fut impressionnante, entre le mausolée fleuri et des pierres tombales, certaines en marbre doux laiteux sculptées en caractères coufiques et souls, ou celle de Tamerlan en néphrite noire prise aux mongols. Sur celle-ci, un texte annonce que quiconque ouvrirait ce tombeau, déclencherait une grande guerre et un grand malheur comme le pays n'en avait jamais connu. Or, le jour même où le archéologues soviétiques ont ouvert ce tombeau en 1941 pour examiner les restes de Timour, l'Allemagne Nazie a entammé la guerre contre l'URSS! La malédiction a donc bien frappé...

Direction ensuite le Registan pour une visite en détails des medersa d'Ulug Bek, de Sher Dor (les deux tigres), et la mosquée Tylla Kary, toutes plus splendides les unes que les autres, bien qu'inondées de touristes braillards et irrespectueux de ces lieux sacrés. C'est d'ailleurs ce qui est paradoxal dans toutes ces visites de monuments religieux exceptionnels: nous pouvons avoir la chance de les voir uniquement au détriment de l'aspect religieux qui est sensé y régner. Où trouver un juste équilibre? Entre les interdire totalement aux non-musulmans et y laisser rentrer sans conditions tous ces gens ignorants, il faudrait trouver un bon équilibre... Ensuite direction la grande mosquée de Bibi Khanum, où nous sommes montés moyennant palabres et billets au sommet du chantier de restauration du grand portail fendu et menaçant de tomber (41m de haut!) La encore une vue splendide sur la ville et sur la nécropole de Shah-y-Zinda.

Ici la légende court que Bini-Khanum, épouse préférée de Tamerlan lui aurait fait construire cette immense mosquée lors de sa campagne en Inde. Mais pendant son absence, l'architecte serait venu lui demander un baiser comme condition pour terminer la mosquée... Celle-ci ne pouvant accepter, mais voulant offrir la mosquée lui donna le baiser en mettant un coussin entre sa bouche et la joue de l'architecte. Après son retour, Tamerlan aurait vu la trace du baiser fougueux qui était restée sur le coussin, et serait entré dans une de ses colères noires. Ici la légende connait plusieurs fin: il aurait fait jeter sa femme ou l'architecte du haut du minaret, ou encore les deux se seraient enfuis en Perse...

Puis nous sommes repartis pour un court passage au bazar de Sui (nom de la rivière locale) afin d'acheter quelques raisins, que nous sommes aller manger en buvant le thé dans une maison de thé voisine, où la fontaine servait de réfrigérateur à bouteilles. Puis nous avons découvert la nécropole de Shah-y-Zinda et tous ses mausolés bleus aux frontons couverts d'écritures coufiques turquoises sculptées et glacées en céramique. Nous y avons vu le tombeau d'un cousin de Mahommet, et avons assisté aux prières de pèlerins venant de toute l'Asie Centrale. Nous nous sommes enfin assis dans la mosquée d'été où l'imam a prié pour nous en magnifiques psalmodies, ici ce sont les Ouzbeks présents qui se sont joints à ses prières pour nous, comme le veut la tradition.

Puis nous avons pris le déjeuner à notre Chay Khana (maison de thé) habituelle en plein air sous les colonnes du toit-tonnelle. Nous sommes alors repartis pour Afrosiyab, l'emplacement ancien de Samarkand avant sa destruction par les mongols de Gengis Khan. Nous y avons vu un beau musée réalisé en collaboration avec le CNRS. Ensuite nous avons visité une petite medersa au fronton à deux lions, réduction de celle de Sher Dor sur le Registan, située au bords d'un arik calme où nageaient des oies. Enfin sur la route du retour, nous avons fait le tour d'un très ancien mausolée que de nombreuses ferrures retenaient de la ruine. Dans le jardin qui l'entourait, Shokhrat nous a montré un oiseau qu'il nous expliqué être un oiseau guérisseur. Cette race a été importée d'Inde il y a quelques siècles, car les voyageurs avait remarqués que là-bas, ces oiseaux se perchaient sur le bétail et picoraient tous les parasites présents dans le pelage des bêtes.

Finallement, nous nous sommes arrivés à l'hôtel où nous avons pris nos maillots de bains et serviettes pour aller au hammam: au programme vapeur étouffante , massage Samarcandais mi-turc mi-chinois allongé sur un marbre avec un lutteur de 100 kilos vous marchant sur le dos, et nettoyage au gant de crin, suivi d'un lavage, d'une douche froide, et d'un thé noir bienvenu pour finir de tout nettoyer. Nous avons alors pu aller manger propres comme des sous neufs dans un palais de gypse blanc perdu au milieu d'une ruelle sombre et défoncée. Tout l'intérieur était décoré de sculptures fines de gypse (stuc?) car la demeure appartient à une famille de maîtres en la matière. Les sols étaient recouverts de tapis, et la table d'hôtes remplie par un car de français ivres. Notre petit groupe a eu droit à la visite des étages décorés des photos du grand père, qui a restauré beaucoup de monuments et a reçu une vingtaine de médailles du temps de l'URSS. Les immenses posters occupant des murs entiers et représentant des îles polynésiennes paradisiaques où des chutes d'eau émeraude d'amazonie tranchaient bien avec la décoration traditionnelle... Ce soit là nous nous sommes endormis relaxés comme jamais. C'était la seconde fois de ma vie après l'an dernier au Kyrghyzstan que je me faisais masser.
















 

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